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conquete du Désastre
L'ami Fred sillonne aujourd'hui notre beau pays à pied ou à vélo, et pionce au 115 quand le froid lui interdit de refiler la comète. Parisien d'origine, Fred a déja été publié et connaît la branchouille artistico-littéraire aussi bien que la France la plus profonde. Dès qu'il a accès à un ordi, il balance ses textes foisonnants, foutraques et teigneux. En voilà des tout petits bouts pour goûter : Au milieu du gué de ce pays parti en couille, j'explique à la belle Argentine, ils ont viré les pauvres en prétendant les défendre. Des artistes sans œuvre, du théâtre sans auteurs et des faux marginaux en pagaille. Une odeur de tripot à Macao mais que l'odeur. Géraldine la voleuse de Monoprix l'avoue avec un cynisme désopilant : les agents de sécurité ne la repèrent pas parce qu'elle a des airs de «ravissante étudiante en photo à qui on donnerait le bon Dieu sans confession». C'est donc bien parce qu'elle détient un CAPITAL constitué de signes culturels qu'elle peut se permettre de voler l'équivalent du salaire mensuel d'un ouvrier. Ce capital culturel (dont les rentes sont multiples : gober du Champagne dans les vernissages, être invité à dîner par un journaliste de mode, ne pas subir la pression policière, vider un frigo dans une soirée «fooding» de Nova, se faire payer trois verres par Rachid Taha au Pulp, trouver prestement un toit en cas de dèche, passer l'été chez un ami éditeur dans le Lubéron, maîtriser les moindres subtilités de l'assistanat social, etc.) s'élève comme une fortification infranchissable entre le Pauvre —doublement démuni— et le «crevard» dont l'ultime pirouette consiste précisément à se parer de l'accoutrement du miséreux pour mieux séduire son monde. Les intermittents c'est comme la teuf, quand ils sont entre eux ils calculent personne, quand ils sont en danger, ils appellent tout le monde. Ils sont très fort sur les intitulés. les super thunés aux dreadlocks, ils ont tout et en plus ils prennent la posture du rebelle et du marginal. L'époque aime le toc. Depuis toujours que je vis sans lendemain je m'en lave les mains. Les mecs sans famille ont le sens de la famille et la parole n'a pas le même prix partout. Plus issu des lois du banditisme que des convenances du milieu de l'art. Lorsqu'on vous entend pas, on parle fort, c'est d'une logique imparable, la logique des perdants. Depuis trente cinq ans qu'on me suit sans raison dans les supermarchés, je finirai bien par la voler l'orange du marchand. Franchement quand t'es habité…T'as pas besoin de maison. Son bouquin va sortir aux éditions Sulliver, ça s'appelle «Conquête du désastre». En attendant allez visiter son site : FP Meny, ecrivain parisien clochard de France
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