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Message de Stéphanie (30 Janvier 2005 à 12:49:28)
en relation avec commentaire le loup et l'agneau de lolo (26 Janvier 2005 à 15:23:59)

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Introduction

Phèdre (I, 1) a recueilli cette fable chez Esope. Elle a ensuite été traduite en français pour les écoles de Port-Royal par Le Maître de Sacy. C’ est ainsi qu’elle inspirera La Fontaine. Tristan l’Hermite qui, dans un récit qu’il fait à un petit prince malade, change, à la demande de son petit auditeur, la fin du texte afin de la rendre plus agréable. Dans la fable précédent, le rat des champs est effrayé par un bruit. Ici, le bruit a pris la forme d’un loup qui, non content de faire peur, tente de justifier l’acte qu’il va commettre.
Dans sa présentation de la fable, Thérèse indiquait quelques phrases d’ analystes parfaitement intéressantes. Je les retranscris ci-dessous telles quelles. J’ajoute seulement que Napoléon, exilé à l’île de Sainte-Hélène, trouvait que ce poème péchait « dans son principe et sa morale. » « mémorial de Ste-Hélène », Bourdin, 1842, cité dans « La Fontaine - Fables » ; Le Livre de Poche ; Classiques modernes ; La Pochothèque ; édition de Marc Fumaroli ; 1997, p. 821). On peut s’étonner d’une telle réaction venant de cet homme de guerre.
Le terme de "procès" employé à la fin de la fable peut faire réfléchir en quoi elle peut exposer réellement un procès. " La Fontaine fixe en ses vers les circonstances respectives de ceux qui sont dans le récit accusateur (le Loup) et défenseur (l’Agneau) plaidant la cause de la victime (le Loup) face à l’agresseur (l’ Agneau) afin que le lecteur soit le juge de cette cause" (Patrick Goujon, Le Fablier, N°3 ) " [...] la prétention du Loup qui veut avoir raison dans son injustice, et qui ne supprime tout prétexte et tout raisonnement que lorsqu’il est réduit à l’absurde par la réponse de l’Agneau." (Chamfort) " [...] "Le Loup et l’Agneau", cette merveille, pas un mot de trop ; pas un trait, pas un des propos du dialogue, qui ne soit révélateur. C’est un objet parfait." A. Gide (Journal 1939-1949, Bibliothèque de La Pléiade)

Expressions expliquées

Titre : La Fontaine lui-même fera allusion à cette fable dans « Contre ceux qui ont le goût difficile » (Livre II, fable I, vers 10) « J’ai fait parler le loup et répondre l’agneau ». Même allusion dans « Le Bûcheron et Mercure » (Livre V, fable 1, vers 23-25) « J’oppose quelquefois, par une double image, / Le vice à la vertu, la sottise au bon sens, / Les agneaux aux loups ravissants, / [...] ».

Tout à l’heure : A l’instant.

Je me vas : "Tous ceux qui savent écrire et qui ont étudié, disent "je vais" [...] mais toute la cour dit "je va", et ne peut souffrir "je vais", qui passe pour un mot provincial ou du peuple de Paris" (Vaugelas). Je me vas forme dite progressive marquant la continuité de l’action je suis en train de me désaltérer.

Pas ancienne mesure de longueur (de la valeur approximative... d’un pas)

Si : Puisque.

Il faut que je me venge : Nous trouvons un développement différent dans le manuscrit de Conrart « - Tu la troubles, reprit cette bête cruelle. / Ne me cherche pas de raison ; / Car tout à l’heure il faut que je me venge. »
Commentaire

Le terme latin de fabula a désigné dès l’Antiquité le récit. Le mot français fable en vient à désigner un récit à valeur morale. C’est dans ce sens que l’emploie La Fontaine dans ses recueils.

Ici l’auteur reprend un apologue des fabulistes grec (Esope) et latin (Phèdre), Lupus et agnus.

La fable est un texte double : il contient une morale, qui peut être située à l’ouverture du texte ou en clôture, et un récit. Morale et récit sont étroitement liés, le second n’étant que l’illustration exemplaire de la première.

Ici la morale est exprimée de façon très synthétique dans le premier, le second ne servant que de transition avec le corps du récit.

Structure

Celui-ci est structuré de façon très nette :

* Séquence indiquant la situation initiale (vv. 3-6)
* Séquence dialogale opposant les raisons du loup et celle de l’agneau, par conséquent de nature argumentative (thèse de chacun des 2 personnages) (vv.7-26)

* Séquence finale (vv.27-29)

Instance d’énonciation :

Elle est explicite dans la morale (" nous ")

Dans le récit aucune marque, la mise en scène des personnages effaçant le récit à proprement parler : il n’y a pas d’actions mais seulement un échange verbal. La présence du narrateur se limite aux syntagmes déclaratifs : " dit cet animal " (v.8), " répond l’agneau " (v.10), " reprit cette bête " (v.18), " reprit l’agneau " (v.21). Par la suite l’effacement de narrateur est complet , la scène est occupée pleinement par les deux antagonistes, ce qui produit une accélération du rythme accentuée par la dimension réduite des répliques et ce qui efface l’éloignement du lecteur par rapport au drame en train de se jouer .

Focalisation

La focalisation est celle d’un narrateur omniscient qui sait tout (dans la mesure où il énonce à la fois la vérité morale et le récit dialogué, il est porteur de la vérité absolue et incontestable de la morale).

La position du narrateur dans le cours du récit est inscrite dans l’unique commentaire descriptif de l’attitude du loup : " plein de rage " (v.8) et dans le jugement qui le qualifie de " bête cruelle ". Cet adjectif contribue à expliciter la sympathie de l’énonciateur à l’égard de l’agneau.

Temps du récit/ temps de l’histoire

Le narrateur nous fait assister à la scène en train de se dérouler : l’agneau est surpris dans une action durative (emploi de l’imparfait " se désaltérait ") qui a commencé avant même le début du récit, l’action commence par un présent , dit présent de narration, dont l’emploi se perpétue dans les . verbes déclaratifs. Brusquement le narrateur introduit un décalage entre le présent du dialogue et le passé simple des verbes déclaratifs (" reprit ", " reprit ") qui situe la scène dans un passé révolu avant cette abolition des verbes déclaratifs qui instaure une sorte de fusion entre tous les temps et suggère la valeur intemporelle de l’épisode.

Cohérence textuelle

La cohérence, qui pourrait être mise à rude épreuve par la présence d’animaux parlants, est rétablie par une tradition culturelle bien établie pour le genre de la fable. Ce qui veut dire que la cohérence est bien une caractéristique textuelle (de même dans un roman ou une B.D. de science-fiction j’accepterai que des mondes inconnus, des êtres inexistants soient au centre de la trame). C’est en raison de cette tradition qui permet au lecteur d’identifier des êtres humains dans les deux personnages que celui-ci décode le texte et lui donne un sens. Bien plus, déjà l’image stéréotypée du loup, les caractéristiques qui lui sont attribuées et celles de l’agneau constituent des rôles prédéterminés qui permettent à l’auteur de faire un texte bref. Tout dans l’attitude des deux personnages correspond à ce stéréotype (violence, cruauté du loup, mansuétude de l’agneau).

Cohésion textuelle

Les deux antagonistes sont déterminés à l’ouverture par l’article indéfini (" un " " un Loup ", " un Agneau ") qui a traditionnellement une valeur cataphorique. L’ anaphore utilise les démonstratifs (" cet ", "cette "), l’article défini (" l’Agneau "), l’hyperonyme (" bête ").

Le texte est constitué de phrases courtes juxtaposées (asyndète) qui donnent du rythme à la fable et une efficacité dramatique.

La séquence argumentative

Elle repose sur une série d’accusations que le loup présente pour justifier son acte. Il y a donc la thèse du loup (accusation) et la défense de l’agneau. En réalité il s’agit d’une parodie judiciaire car l’issue est inévitable, la morale nous l’a annoncé dès l’ouverture du texte. Pourtant cette parodie a une signification : les puissants veulent donner une apparence de légitimité à leurs crimes. L’agneau est la dupe de cette sinistre comédie. Tout dans son attitude révèle la volonté de désarmer, même par des moyens rhétoriques et psychologiques son adversaire : il adopte un ton conciliant et humble (emploi de la deuxième et troisième personne de politesse, appellatifs " Sire ", " Majesté "). Il construit la phrase la plus longue de tout le texte pour éveiller la bienveillance du loup.

Il en appelle ensuite constamment à une logique sans failles :

* il boit au-dessous du lieu où se trouve le loup et ne trouble donc pas son eau (argument tiré de l’expérience banale et commune qui trouve sont origine dans les lois de la nature)
* il n’a pas pu médire du loup avant sa naissance (argument de nature logique)
* il ne peut subir les conséquences de la médisance d’un frère inexistant (argument logique)

Le loup après l’échec du premier argument, élargit sans cesse le domaine de responsabilité de l’agneau (responsabilité collective étrangère au domaine juridique) pour donner une apparence de justification d’un acte abusif décidé dès la rencontre due au hasard. Le loup passe brusquement d’une justification fondée sur un dommage subi à la simple vengeance inéluctable (" il faut ") fondée seulement sur des bruits de source inconnue (" On me l’a dit ").

La fable dit plus que la simple morale explicite : non seulement les forts l’emportent inéluctablement sur les faibles mais ils veulent en outre donner un semblant de fondement juridique à leurs abus.

Evolution de la situation

D’un point de vue narratologique le schéma est clair . Chacun des 2 personnages mis en scène recherche quelque chose : l’agneau a soif et satisfait sa soif, le loup a faim. Au terme du récit l’agneau est mangé. Le loup a satisfait son appétit.

La séquence de dialogue introduit donc un élément supplémentaire : l’agneau oppose des obstacles à la réalisation du désir du loup qui a, lui-même, établi l’échange sur le plan du droit. Les étapes de l’échange de répliques jouent donc le rôle des épisodes dans un récit plus long (nouvelle ou roman). Chaque étape semble aboutir à une victoire de l’agneau (rebondissements). Mais comme il ne s’agissait que d’une parodie d’échange entre personnages de statut faussement paritaire, le dernier épisode amène le dénouement en faveur du loup.



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